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Le gouvernement contrôle-t-il l'information au Japon ?

Le gouvernement contrôle-t-il l'information au Japon ?

Yuuki K 15:18 - 10 février 2016

Cela fait plusieurs mois que la presse japonaise mentionne l'existence d'une censure venue directement du gouvernement. En cause, les critiques envers le Parti Libéral Démocrate du pays.

Qu’il s’agisse de télévision, ou de radio, comme ici en France, les médias dépendent financièrement des annonceurs et par conséquent de la publicité. Or ces derniers temps les politiques menacent ces médias de la suspension de ces publicités en raison de critiques à l’égard du Parti Libéral Démocrate (PLD). Plus grave encore la Ministre de la Communication et des Affaires Internes, Sanae TAKAICHI vient de menacer cette semaine les médias de faire appliquer la censure, si les critiques étaient trop faussées. C’est en effet suite à de nombreuses critiques de la politique du gouvernement Abe par des médias que cette menace tombe. Or, si ici en France ce genre de déclaration provoquerait un tollé, là-bas au Japon, une loi permet au gouvernement d’appliquer une censure, sous certaines conditions. Mais il faut pour l’appliquer prouver que les médias ont effectivement mené des analyses biaisées. C’est d’ailleurs une déclaration qui provoque la colère de ces derniers, déjà échauffés par de nombreuses interventions de l’Etat dans la sphère de l’information, d’autant que lorsqu’il s’agit d’une chaîne privée, c’est justement le ministère de la Communication et des Affaires Internes qui délivre une autorisation de diffusion tous les 5 ans. Déjà depuis plusieurs mois, c’est la chaîne NHK qui fait les frais de cette intervention. Si NHK est un groupe public dont le financement provient majoritairement de la redevance audiovisuelle mais dont les membres de direction sont choisis par le Premier Ministre avec l’accord de la Chambre Haute et de la Chambre Basse, et que nous pourrions comparer au groupe France Télévision chez nous en France, cela ne donne cependant pas le droit à l’Etat d’intervenir dans sa programmation ni même de censurer, et cela est garanti par la Constitution elle-même. Pourtant c’est bel et bien un proche de Shinzo ABE qui est nommé à la tête de NHK fin 2013 et qui assume vouloir porter la voix du pouvoir en place. Depuis la presse constate que la chaîne manque à ses devoirs, oubliant de mentionner des faits, ratant l’occasion de caricaturer le gouvernement par des humoristes mais aussi par le refus de diffuser un reportage sur les femmes de réconfort, -la raison de ce refus a manqué de peu de causer un accident diplomatique. Il semblerait que cette pression étatique ait débuté peu avant la réélection de la Chambre des Représentants fin 2014, les médias de Tokyo recevant des circulaires du gouvernement réclamant l’impartialité politique et il semble que depuis, les médias s’appliqueraient d’eux-mêmes une forme de censure. Ainsi à force d’interventions, Yoshiharu KAWABATA président de la commission d’investigation de l’éthique audiovisuelle du Broadcasting Ethics and Program Improvement Organization (BPO) s’inquiétait également en novembre 2015, n’hésitant pas à accuser le Premier Ministre et son gouvernement d’interpréter la loi à leur fin pour justifier l’interférence de l’Etat, et arguant que la loi sur la radiodiffusion est un cadre éthique à l’intention des médias. Des interférences qui ne passent pas inaperçus, puisque la presse japonaise constate un changement de visages sur la grille des programmes. De nombreux présentateurs ont démissionné ou n’ont pas vu leur contrat renouvelé malgré leur longue carrière, en atteste le départ de Hiroko KUNIYA, présentatrice de « Close-up Gendai » (NHK) une émission d’investigation qu’elle a porté depuis ses débuts en 1993. La présentatrice, dont l’éviction aurait été préparée de longue date, depuis juillet 2014, lorsqu’elle a interviewé le Secrétaire Général du Cabinet Yoshihide SUGA, lui posant une question imprévue au programme et déplaisante pour l’interrogé portant sur la révision de l’article 9 de la Constitution en 2014. Or la Ministre Sanae TAKAICHI explique que si elle impose son véto c’est parce que d’après la loi sur la radiodiffusion, les professionnels de l’audiovisuel se doivent de rapporter les faits politiques de manière impartiale. Elle n’hésite pas ainsi à réitérer sa menace, insistant que la loi est du côté du gouvernement, si celui-ci décide de faire fermer des stations. Selon des professionnels du secteur, c’est un signe que les médias ne sont pas autorisés à critiquer le pouvoir en place mais surtout une menace pour la liberté d’expression.

 

Au mois d’avril, un rapporteur de l’ONU chargé de la liberté d’expression sera en visite au Japon. Mais nul doute, que cette dernière déclaration de la Ministre ne fera que renforcer des suspicions sur l’indépendance de la presse. Sans oublier qu’en 2015 Reporters Sans Frontières s’alarmait du déclin de la liberté de la presse au Japon : en effet, si le Japon se situait à la 11ème place en 2010 dans le classement de la liberté de la presse, le pays chute progressivement au fil des années pour se retrouver à la 61ème place en 2015.

 

Sources : Japan Times, Asahi Shimbun et INA Global

Photo: Japan Times

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