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Des persécutions chrétiennes à la béatification du Samouraï du Christ

Des persécutions chrétiennes à la béatification du Samouraï du Christ

Yuuki K 19:44 - 08 février 2017

Ce mardi 7 février, un samouraï daimyo né au XVIème siècle, Juste Ukon TAKAYAMA, a été béatifié sur décision du Pape François. Alors que sort également ce jour le film « Silence » de Martin SCORSESE revenant sur la persécution des chrétiens au Japon, c’est l’occasion de faire un point d’histoire sur le christianisme au Japon.

Adaptation du roman éponyme (titre original « Chinmaku », 1966) de Shûsaku ENDÔ, il semble que le réalisateur Martin SCORSESE avait envie d’en réaliser un film depuis plusieurs décennies.  « Silence » aborde un point précis de l’histoire japonaise, et notamment celle du christianisme nippon lorsqu’est promulgué l’édit qui annonce l’éradication du catholicisme en 1614, en évoquant une partie de l’histoire, réelle, du Père Cristóvão FERREIRA qui finit par renier sa foi (on vous rassure il ne s’agit en aucun cas d’un spoiler).

 

Pourtant lors de l’arrivée des missionnaires jésuites menés par Saint François-Xavier en 1549, et donc quelques décennies avant les persécutions chrétiennes, le christianisme plaît aux Japonais qui y sont confrontés et beaucoup d’entre eux, entre 300 000 et 400 000,  font alors le choix de se convertir, comme par exemple Ukon TAKAYAMA. Ce dernier est né en 1552 dans la province de Yamato (actuelle préfecture de Nara) et est le fils héritier d’un daimyo (seigneur) et samouraï, Tomoteru TAKAYAMA qui se convertit au christianisme en 1564 avec son fils âgé alors de 12 ans, qui est baptisé Juste. Mais le 25 juillet 1587, Hideyoshi TOYOTOMI décide d’interdire toute conversion des seigneurs bien que deux ans auparavant il venait en aide aux missionnaires, à leur demande, accompagné de Juste Ukon TAKAYAMA, sur l’île de Kyûshû qui se trouvait au cœur d’une guerre civile. Cette décision était accompagnée du bannissement des missionnaires, néanmoins il y avait une certaine tolérance à leurs égards tant qu’ils restaient discrets. Quant à Juste Ukon TAKAYAMA, déjà converti depuis longtemps, il est un daimyo et contrairement aux autres seigneurs convertis, il refuse l’apostasie (le fait de renier sa religion) malgré les conséquences car il perd ses terres et son rang. C’est en ce sens que l’ancien seigneur est surnommé le  Samouraï du Christ. En 1597, la situation ne fait qu’empirer pour les chrétiens du Japon avec un épisode dramatique, celui des 26 martyrs de Nagasaki, des religieux et des civils, dont des enfants, japonais comme étrangers, crucifiés sur une colline après avoir été torturés et trainés pour l’exemple de ville en ville. Après ce drame et la mort qui suivit d' Hideyoshi TOYOTOMI, le shôgun Ieyasu TOKUGAWA semble vouloir nourrir des relations plus apaisées avec les chrétiens au Japon, mais c’est surtout pour profiter des échanges commerciaux avec les pays étrangers dont il se méfie de l’influence au sein de son pays, et finalement,  dans un contexte où le shôgun veut unifier le pays et sous l’incitation de moines bouddhistes il déclare le 27 janvier 1614 que le christianisme est banni du Japon et c’est le début de la fermeture du pays. Progressivement, les chrétiens japonais sont recensés et listés. Juste Ukon TAKAYAMA, comme tous les chrétiens refusant de renier leur foi ainsi que les missionnaires, est contraint de partir à Nagasaki pour s’exiler à Manille au Philippines, où il décède en raison d’une maladie peu après son arrivée en 1615 et où il y est enterré. Pour les autres chrétiens qui décident de rester au Japon tout en restant catholiques, la répression se poursuit grâce à la délation, ou encore la méthode du fumie consistant à faire piétiner une image représentant le Christ ou la Vierge Marie par tout individu suspecté d’être chrétien.  Ces persécutions vont encore plus loin en atteste des évènements terribles comme les tortures (voir la première scène de « Silence ») infligées afin de pousser les chrétiens à renier leur foi  mais aussi comme le Grand Martyre de Nagasaki le 10 septembre 1622, lorsque 52 chrétiens sont exécutés ou en étant brûlés vifs ou en étant décapités. 

 

Ce qui ne signifie pas pour autant l’éradication du christianisme au Japon car certains fidèles ont caché leur croyance religieuse en faisant croire à leurs bourreaux qu’ils étaient apostats, ce sont les chrétiens cachés ou kakure kirishitan. Parmi les chrétiens du XVIIème siècle, la plupart ont renoncé à leur foi mais parmi ceux qui sont restés fidèles, il est estimé entre 3 000 et 4 000 le nombre de chrétiens qui sont morts en martyrs. Lors de l’ouverture du Japon au XIXème siècle, les historiens évaluent à 50 000 le nombre de chrétiens cachés au Japon. En 2012, l’Eglise catholique du Japon déclare 444 441  fidèles soit à peine 1% de la population japonaise.

 

Le Samouraï du Christ a été béatifié le 7 février à Osaka et la cérémonie a rassemblé une foule de 12 000 personnes. Un évènement  particulier puisqu’il s’agit d’une première béatification à titre individuel au Japon, les précédentes ayant été faites en masse comme en 2008 lorsque 188 chrétiens du Japon ont été béatifiés en même temps. Juste Ukon TAKAYAMA devient le 396ème bienheureux de l’Eglise catholique japonaise, qui compte également 42 saints.

 

Sources : Takashi Gonoi « Kirishitan : les chemins qui mènent au martyre. Pour une histoire des martyrs chrétiens du Japon », traduction de Nathalie Kouamé, dans Histoire et missions chrétiennes, 3/2009 (n°11), p. 39-65, Radio Vatican, La Croix, Le Monde, Clio.

Photo : Statue représentant Juste Ukon Takayama sur la place Dilao à Manille source Missions Etrangères de Paris.

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