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Le déclin des YAKUZA en signifie-t-il la fin ?

Le déclin des YAKUZA en signifie-t-il la fin ?

Yuuki K 16:48 - 03 avril 2017

L’Agence de la Police Nationale au Japon a dévoilé une étude recensant le nombre de membres appartenant à une organisation criminelle, à savoir des yakuza. Un recensement effectué chaque année depuis 1958 dans le pays indiquant que ces organisations criminelles attirent de moins en moins de monde. Est-ce pour autant signe de la fin des yakuza ?

Pour la première fois depuis que l’Agence de la Police Nationale au Japon recense les individus se déclarant appartenir à une organisation criminelle en 1958, le nombre de yakuza est passé sous la barre des 40 000, plus précisément ce chiffre est de 39 100 fin 2016 ! Un déclin amorcé déjà depuis quelques années, puisqu’à fin 2013, l’agence avait constaté une baisse, le nombre d’individus recensés par la police comme étant un yakuza était passé sous la barre des 60 000 membres, ce qui était déjà une victoire pour les autorités.

 

Les yakuza sont considérés comme étant une des plus grandes organisations criminelles du monde et sont présents dans différents secteurs : extorsion de fonds en échange de « protection », trafic de drogues, immigration clandestine, industrie du sexe, des jeux d’argent, mais aussi plus globalement dans le secteur de l’entertainement. Pus délicat encore, c’est l’implication des yakuza dans l’économie japonaise, avec un pied dans le secteur des banques, de l’immobilier et du bâtiment. Une toile tissée par les yakuza depuis des siècles, les historiens estiment que les yakuza apparaissent dès le début de l’ère Edo (début du XVIIème siècle) sans déterminer précisément leur origine. Ce qui est certain c'est que la place des yakuza a évolué dans le temps, notamment avec la Restauration Meiji, puis encore plus avec la fin de la Seconde guerre mondiale. La place des yakuza a donc évolué avec l’Histoire et ces derniers se sont même totalement intégrés dans la société japonaise moderne, faisant partie du paysage en atteste nombreux films populaires évoquant avec humour ou drame ce sujet, les yakuza eiga. Tant que leur existence ne nuisait pas à la population, les yakuza étaient tolérés mais à partir de la division sanglante du clan Yamaguchi-Gumi en 1984, la crise financière conséquence de l’éclatement de la bulle financière, différents scandales indiquant une influence des yakuza en politique notamment au sein du parti au pouvoir, le Parti Libéral Démocrate - à travers des financements qui ne sont cependant pas considérés comme illégaux - dévoilés au grand jour ont mis fin à cette tolérance. C’est alors que la politique s’implique en créant plusieurs mesures contre la violence en crime organisé en votant à la Diète la loi anti-gang appelée loi Bôtaihô votée en 1991, et plusieurs fois améliorée dans le temps,  mais qui ne rend pas pour autant l’existence des yakuza illégale, leur interdisant certaines activités ! Enfin,  les yakuza ne sont plus les bienvenus en public avec une série de mesures mises en place dès 2011 à un niveau local par chaque département, renforçant la loi, interdisant notamment à tout citoyen d’avoir une quelconque relation d’affaire avec des yakuza -mesure toutefois contestée par les principaux concernés mais aussi par des citoyens lambda. Ainsi, certains d’entre vous auront peut-être remarqué la présence dans les hôtels japonais, par exemple, d’un règlement intérieur spécifiant le droit de l’établissement à refuser une réservation « lorsque le client voulant une chambre peut être repéré comme un membre d’une organisation criminelle ou comme étant lié à un syndicat du crime, un groupe de crime organisé ou encore une organisation antisociale. » !

 

L’étude de l’Agence de la Police Nationale semble donc  bien montrer que les mesures et les lois proposées par les autorités fonctionnent avec pour preuve la diminution des membres, avec également une baisse au sein des clans les plus puissants comme le clan des Yamaguchi-gumi qui passe de 14 100 à 11 800 membres fin 2016. Mais ce chiffre en baisse reflète-t-il une réalité ou alors est-ce tout simplement parce que les individus sont moins propices à se déclarer membre d’un clan ? Il semble que d’après cette étude les jeunes sont de moins en moins enclins à intégrer un clan de yakuza, et en conséquence les yakuza sont vieillissants et peinent aussi à menacer ou même à faire peur à la population, et celle-ci paie de moins en moins ces organisations criminelles, surtout les yakuza utiliseraient de moins en moins la violence par peur de se retrouver en prison. L’Agence de la Police Nationale constate quant à elle une régression des méthodes violentes, pour extorquer de l’argent par exemple, au profit de fraude. Cependant, il ne faut non plus oublier que les yakuza répondent présents à faire des tâches dont personne ne veut ou n’est en mesure de faire : comme par exemple celle de la décontamination du sol dans la région autour de la centrale de Fukushima-Daichi, ou encore leur capacité à régir en situation d’urgence comme lorsqu’ils ont été les premiers à pouvoir organiser l’acheminement de vivres aux sinistrés après le tremblement de terre de Kôbe, alors que les autorités compétentes semblaient figées, démontrant par-là un autre visage des yakuza.

 

Dans un article de 2015 s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles les yakuza ne sont pas considérés comme illégaux, le magazine britannique The Economist pensait plutôt que tant que les actes de violence demeuraient limités, les yakuza ne disparaîtraient pas, estimant que « selon toute vraisemblance  le Japon préfère le crime organisé au crime désorganisé ». Alors les yakuza s’assagiraient-ils ou assistons-nous à une transformation nouvelle de leur rôle dans la société japonaise ?

 

Sources : Asahi Shimbun, the Japan Times, The Economist, « Le marché des services criminels au Japon : les yakuzas et l’état », in Critique Internationale, 1999, Jean-Marie BOISSOU.

 

Photo : Des yakuza lors du Sanja Matsuri à Senso-ji dans le quartier d’Asakusa, Tôkyô, 2007, Elmimmo, source : Flickr.

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