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Kiyoshi KOYAMA et son basson français « pas comme les autres »

Kiyoshi KOYAMA et son basson français « pas comme les autres »

Yuuki K 18:24 - 30 octobre 2017

Japan FM est allée à la rencontre du bassoniste Kiyoshi KOYAMA, à l’occasion de la tournée en France de concerts dédiés aux victimes de Fukushima et à la paix dans le monde, organisée par l’espace Hattori.

C’est dans le cadre de la tournée de concerts  Pas Comme Les Autres, « Fukushima, Tôhôku six ans après, la paix dans le monde à travers la musique »   que Kiyoshi KOYAMA, joueur de basson français, est revenu en France. Venu interpréter, en trio avec le pianiste Julien GUÉNEBAUT et le flûtiste Pierre MONTY, un répertoire français en première partie et un répertoire japonais en deuxième partie, les stars de cette tournée de musique classique n’étaient cependant pas que les instrumentistes mais aussi le basson français de Kiyoshi KOYAMA ! Une réalisation sur mesure et unique au monde par l’atelier français Buffet Crampon, spécialisé dans la fabrication d’instruments à vent depuis 1825, à partir du bois de pin de Rikuzentakata. Cette ville située dans la région du Tôhôku a été dévastée le 11 mars 2011. Elle était réputée avant le drame pour son immense forêt de plus de 70 000 pins qui bordait la côte. Lorsque le tsunami a frappé la région, tous les pins ont été ravagés. Sauf un ! Surnommé Ipponmatsu, le pin miraculé est devenu le symbole de l’espoir et de la renaissance, bien qu’il ait dû être finalement abattu, rongé par le sel marin. Pour comprendre la motivation du musicien à faire réaliser un tel instrument symbolique, il faut savoir que Kiyoshi KOYAMA était à Tôkyô lorsque la terre a tremblé le 11 mars 2011. S’il n’a pas été impacté directement par le drame, il s’est senti comme beaucoup de Japonais « profondément touché et choqué » par ce qui s’était passé. Deux ans environ après la triple catastrophe, une chaîne de télévision japonaise le contacte pour savoir si la fabrication d’un instrument à partir de bois de pin de Rikuzentakata pouvait l’intéresser. En jouant de son basson français devant le président de l’entreprise Murakami seizaisho, ce dernier est ému et convaincu par la mélodie et accepte alors de lui faire don du bois de pin pour ce faire, et il faudra 4 ans pour que Buffet Crampon donne vie à cet instrument.

 

Le bonnet du basson français réalisé à partir du bois de pin de Rikuzentakata de Kiyoshi Koyama ©2017 Japan FM.

 

La version traditionnelle du basson français de Kiyoshi Koyama. ©2017 Japan FM.

 

Ce n’est toutefois pas l’intégralité de l’instrument qui est réalisé à partir de ce pin, mais le bonnet, soit la partie haute du basson français. Alors pourquoi donc ne faire que le bonnet ? Kiyoshi KOYAMA nous explique que c’est tout simplement parce que le basson français est traditionnellement fabriqué à partir du bois de palissandre. C’est ce bois-là qui lui donne « une sonorité particulière ». Or, le bois de pin est plus léger, et parce qu’ « un instrument tout en pin, cela deviendrait un autre instrument » il a donc fallu choisir sans pour autant changer la nature du basson. C’est ainsi qu’il a choisi le bonnet. Résultat, un instrument fait sur mesure et unique au monde, et du côté de son détenteur il s’avère que « niveau souffle c’est plus simple avec le pin » mais « très différent » que de jouer avec un basson classique. Côté spectateurs, Kiyoshi KOYAMA ayant joué avec son basson traditionnel comme celui sur-mesure, il est clair que la sonorité des deux instruments diffère, le son étant, à notre goût, plus clair avec le bonnet en pin. Et il semble que le son de ce basson spécial plaît puisque Pierre MONTY et Julien GUÉNEBAUT ont suggéré au bassoniste « que ça sonnait mieux » le poussant alors à jouer de son basson sur-mesure plus largement (NDLA : Kiyoshi KOYAMA jouait la 1ère partie avec son instrument traditionnel, puis la 2ème partie avec le basson en pin, avant d’utiliser ce dernier dès le 2ème morceau à partir du concert de Beaune).

 

Pierre Monty, Julien Guénébaut et Kiyoshi Koyama lors du concert du 18 octobre 2017 à la Cité internationale des Arts. ©2017 Japan FM.

 

La qualité du répertoire de cette série de concerts était également un symbole de l’échange franco-japonais, et il est rare de pouvoir entendre du répertoire japonais en France. Kiyoshi KOYAMA et Pierre MONTY présentaient ainsi, avant de jouer,  chacun des compositeurs dont ils allaient jouer les morceaux. Si côté français, le trio a interprété du Claude DEBUSSY ou encore du Jacques IBERT, côté Japon, les spectateurs ont pu vivre les quatre saisons de l'année en l’espace de quelques minutes avec la (re)découverte de « Haru no umi » (La Mer au printemps) de Michio MIYAGI, un morceau extrêmement connu au Japon, un « Trio d’été » de Hiroshi YAMAGUCHI, « Une chanson du sarclage de la rivière » de Michio MAMIYA et « le Brame du cerf » composé par un anonyme rappelant tous deux l’automne, et enfin, l’émouvant « Trois paysages blancs » de Takashi YOSHIMATSU. En final de ces représentations, et comme une dernière prière, Kiyoshi KOYAMA a joué un morceau en soliste, de sa composition, pendant que Sachiko HATTORI, présidente de l’espace Hattori, nous faisait la lecture du poème « Ame nimo makezu » de Kenji MIYAZAWA.

 

Sachiko Hattori, présidente de l’espace culturel franco-japonais Hattori, lit un poème de Kenji Miyazawa pendant que Kiyoshi Koyama interprète un morceau de sa composition. ©2017 Japan FM.

 

Kiyoshi KOYAMA, lui-même, est un pont entre la France et le Japon, ayant suivi ses études de bassoniste au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMP) à partir de 1969, grâce à une bourse. C'est en évoquant d'ailleurs l’entrée de cet instrument dans sa vie que Kiyoshi KOYAMA nous en dit plus sur son amour du basson français ! Car si Kiyoshi KOYAMA est devenu bassoniste et un ardent défenseur du basson français, c’est vraiment par hasard. Cette passion date de l’époque du lycée, où Kiyoshi KOYAMA jouait au baseball mais son lycée décide de mettre fin à cette activité et il doit donc se tourner vers autre chose. On lui propose la clarinette, mais il se tourne vers la flûte. Après en avoir joué seulement pendant trois mois, Kiyoshi KOYAMA semble avoir le niveau d’un joueur plus confirmé et on lui propose alors de jouer du fagott (ou basson allemand) ! Il entend « ce son étrange » et clame  « je dois jouer cet instrument ! » avant que son enseignant ne lui fasse écouter des titres avec du fagott comme avec du basson français. Le coup de foudre ! La suite, comme son entrée au CNSMP,  est alors arrivée « comme un miracle » puisqu’à l’époque il n’était pas possible de devenir un bassoniste professionnel au Japon, soulignant au passage son inquiétude que «  depuis les années 1970, il y a plus de personnes qui jouent au fagott plutôt que le basson français ». Après un répertoire franco-japonais, et au regard de la longue carrière du bassoniste, il nous est alors tentant de demander s’il a un titre favori qu’il apprécie particulièrement interpréter au basson. S’il n’y a pas de morceau choisi, Kiyoshi KOYAMA  nous indique une préférence pour le répertoire japonais, expliquant ce choix par son expérience : « en principe nous étudions les musiques occidentales, j’ai appris beaucoup de choses au conservatoire de Paris, et j’aime beaucoup la musique occidentale, très riche et intellectuelle.  Chez les Japonais, la musique est plus directe et exprime davantage d’émotions. ».

 

Au-delà d’un symbole, Kiyoshi KOYAMA espère aussi que grâce à cet instrument unique au monde,  la région puisse trouver un nouveau moyen de faire vivre l’économie de la région affectée par le drame, à condition  bien sûr que l’idée intéresse l’entreprise Murakami seizaisho, donateur du pin utilisé pour le basson, pensant que « si le bois du Tôhôku donne une bonne sonorité, l’industrie peut se développer ».

 

Pour vous donner une idée du répertoire japonais dans cette série de Concert Pas Comme Les Autres, voici, via Youtube, « Haru no Umi » de Michio MIYAGI. Si lors du concert, le morceau a été interprété à la flûte et au piano, le titre original a été composé pour le koto et le shakuhachi (flûte japonaise) :

 

 

 

Remerciements à Kiyoshi Koyama et à Chikako Kaneko pour la traduction.

Photos : ©2017 Japan FM.

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