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La disgrâce d’un champion de SUMO poussé à la retraite

La disgrâce d’un champion de SUMO poussé à la retraite

Yuuki K 16:44 - 29 novembre 2017

C’est un des sujets extrêmement médiatisé au Japon, et pour cause, il s’agit de sumo et surtout d’un yokozuna qui a agressé un rival au cours d’une soirée arrosée fin octobre. Si toute l’affaire n’a pas été éclaircie, le yokozuna n’aurait eu d’autres choix que d’annoncer aujourd’hui la fin de sa carrière.

L’univers du sumo serait-il impitoyable ?  C’est du moins un sport national japonais qui demeure ancré dans le Japon traditionnel –le sumo est pratiqué depuis des temps si anciens que les origines de ce sport sont liés à des mythes et que ses lutteurs sont considérés comme des demi-dieux. L’organisation des tournois et l’ensemble de la règlementation des lutteurs professionnels est gérée par l’Association japonaise de sumo (Nihon Sumô Kyôkai), qui sanctionne les écarts de conduite, parfois jusqu’à l’exclusion, surtout lorsqu’il s’agit d’un yokozuna, titre le plus élevé auquel un lutteur de sumo puisse accéder. D’autant plus que le sumo a été terni ces dernières années par plusieurs scandales impliquant des lutteurs de différents rangs et parfois leurs maîtres: consommation de cannabis, paris illégaux, mais surtout des affaires de maltraitance dont le cas le plus tristement connu demeure celui de Takashi SAITO, mort en 2007 à 17 ans d’une crise cardiaque après que son maître l’ait tabassé à coups de bouteille de bière. Depuis la mi-novembre, la presse japonaise ne cesse d’écrire au sujet du yokozuna Kôhei HARUMAFUJI à la suite de ce qui pourrait rappeler justement la violence exercée dans les clubs professionnels d'entraînement ou écurie du terme japonais « heya ».

 

Tout commence le soir du 25 octobre, lorsqu’après un tournoi régional de sumo, des lutteurs incluant Kôhei HARUMAFUJI vont se détendre et débriefer autour de plusieurs verres. Ce soir-là, le lutteur de rang maegashira Yoshimori TAKANOIWA aurait été violemment battu par le yokozuna HARUMAFUJI agacé par l’attitude du lutteur qu’il estime irrespectueuse. Ce dernier serait resté sur son téléphone malgré les remontrances de son aîné. En conséquence, le yokozuna aurait violemment battu le maegashira à l’aide d’une bouteille de bière et d’une trentaine de coups de poing. Mais il se déroule plusieurs jours avant que l’affaire ne devienne médiatique puisque c’est à compter du 14 novembre que la presse dévoile l’histoire au public. Pourtant, Yoshimori TAKANOIWA n’avait pas porté plainte au moment des faits, ce n’est d’ailleurs pas lui qui le fera, tenant plusieurs jours avant de se retrouver hospitalisé plus tard dans un état grave. Le maegashira souffrait tout de même d’une commotion cérébrale, d’une fracture à la base du crâne et d’un écoulement du liquide cérébral-rachidien ! Ce qui explique donc la raison pour laquelle Yoshimori TAKANOIWA s’était auparavant retiré du Grand tournoi de Sumo du Kyûshu. C’est le 13 novembre que l’Association japonaise de sumo  révèle au public l’hospitalisation  du maegashira TAKANOIWA, et le lendemain, alors que le tournoi du Kyûshu est toujours en cours, le yokozuna HARUMAFUJI annonce son retrait de la compétition. Après avoir nié l’accident puis admis être la cause des blessures de la victime, il adresse officiellement des excuses : « concernant la blessure de TAKANOIWA, je m’excuse sincèrement auprès de son maître de club, son club, le Nihon Sumô Kyôkai et mon club, pour avoir causé des problèmes. ». Mais l’Association japonaise de sumo refuse à ce moment de sanctionner le yokozuna tant que le tournoi se poursuit.  Le 15 novembre, la police confirme l’agression du maegashira suite à la plainte déposée par le maître de son club, indiquant qu’une enquête était en cours. Il y a deux jours, le tournoi étant achevé, le conseil des yokozuna délibérait sur les sanctions à prendre. L’idée de pousser le lutteur vers la retraite est alors évoquée, quoiqu’il en soit la sanction allait être sévère. Puis hier, le président de l’Association japonaise de sumo s’est excusé auprès de l’organisme gouvernemental Japan Sports Agency, semblant rendre impossible toute autre option que la retraite. Et au final, sans attendre la décision définitive, ce 29 novembre, le yokozuna HARUMAFUJI annonce au cours d’une conférence de presse, les larmes aux yeux, la fin de sa carrière. Il explique alors prendre ses responsabilités face à son geste et pour « ne pas salir l’honneur des yokozuna » précisant que : « [avoir] fait ce qu’un yokozuna ne devrait pas faire. », s’excusant de nouveau auprès des clubs, de l’Association mais aussi auprès des Japonais. Il ajoute toutefois que bien qu’il admette être la cause des blessures de la victime, il justifie son acte en déclarant avoir tenté de faire son devoir d’aîné par des réprimandes qui sont « allées un peu trop loin ». Constatons alors qu’en aucun cas, le lutteur ne s’est excusé publiquement auprès de la victime. Mais cette affaire et l’attitude du yokozuna semblent refléter une violence toujours présente dans l’univers du sumo en dépit des scandales passés, et soulève des questions quant à la réaction de l’association : aurait-elle exclu le yokozuna si l’affaire n’avait pas été rendue publique ?

 

Si le yokozuna a pris les devants avec cette annonce, la presse japonaise indique aussi que l’Association japonaise de sumo ne lui aurait, de toute façon, guère laissé le choix. Kôhei HARUMAFUJI, 33 ans, avait obtenu son 9ème titre de champion de première division (« makuushi ») en septembre dernier. De nationalité mongole, il avait participé à son premier tournoi en 2001 et a été élevé au rang de 70ème yokozuna en novembre 2012, et il est alors un des rares étrangers à accéder à ce titre. Il ne pourra cependant pas rester membre de l’association ni donc devenir à son tour maître d’un heya malgré son titre puisque cette profession est réservée uniquement aux anciens lutteurs de division makuushi de nationalité japonaise.

 

Sources : Mainichi Shimbun, Asahi Shimbun, The Japan Times, site officiel Nihon Sumô Kyôkai.

Photo : Le yokozuna Harumafuji et son maître lors de la conférence de presse annonçant la fin de sa carrière. Via ©Mainichi Shimbun.

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