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La journaliste SHIORI ITO : visage du #MeToo au Japon ?

La journaliste SHIORI ITO : visage du  #MeToo au Japon ?

Yuuki K 14:34 - 11 janvier 2018

Si la campagne #MeToo a pris une ampleur très rapidement en Occident et notamment en France, il semble qu’au Japon, les femmes aient bien plus de difficulté à dénoncer des agressions sexuelles. L’une d’elle se bat depuis 2015 pour obtenir justice, la journaliste Shiori ITO.

Lorsque le hashtag #MeToo est apparu sur les réseaux sociaux en octobre 2017, nous avions les yeux rivés vers le Japon, voir si le phénomène allait également prendre dans un pays où quelques mois auparavant, le parlement avait adopté la mise à jour de la loi contre les crimes sexuels et qui étendait la notion d’agression sexuelle. Or, au moment de l’apparition du hashtag, le phénomène semble bel et bien prendre de l’ampleur en Occident sans obtenir le même écho, du moins la même médiatisation au Japon. Du moins, nous aurions pu nous attendre à ce que des voix s’élèvent dans le secteur de l’Entertainment, tout comme ce fut le cas ailleurs. Et pourtant, des femmes ont bien dénoncé sur internet des situations inappropriées voire leurs agresseurs ! L’Asahi Shimbun rapporte par exemple dans un article du 22 décembre que des femmes issues de divers secteurs professionnels ont dénoncé des comportements inappropriés comme par exemple la bloggeuse Hachu le 17 décembre dernier. D’après le quotidien japonais, le  #MeToo a été un sujet évoqué dans plus de 60 000 messages sur les réseaux sociaux en deux mois au Japon depuis l’apparition du hashtag sur Twitter. The Japan Times évoquait quant à lui le sujet dès le 21 octobre dernier, rapportant les propos de femmes qui déclaraient sur internet la difficulté de dénoncer de tels actes d’autant que « le message semblait ne pas se répandre encore au Japon. », et que des femmes subissaient au contraire des insultes en dénonçant des agressions sexuelles qu’elles auraient subi. Finalement, le #MeToo atteindrait-il bel et bien le pays, mais en ayant pris un peu plus de temps ? En effet, depuis que la bloggeuse Hachu a dénoncé son agresseur dans un post sur ses réseaux sociaux et dans un article sur BuzzFeed, des femmes ont été encouragées à faire de même et ainsi Asahi Shimbun affirme qu’il y a eu plus de 10 000 posts supplémentaires liés au  #MeToo au Japon.

 

Mais l’un des visages du  #MeToo au Japon est probablement la journaliste Shiori ITO. Pourtant, elle a dénoncé publiquement l’agression sexuelle qu’elle aurait subie dès le mois de mai 2017, soit bien avant l’affaire WEINSTEIN et donc bien avant que le phénomène ne soit dénoncé en masse sur les réseaux sociaux. Fin mai, la jeune femme dont on ne connaît alors que le prénom,  déclare au cours d’une conférence de presse qu’un journaliste renommé, Noriyuki YAMAGUCHI, l’avait violé en avril 2015. D’après son témoignage, c’est au cours d’un dîner d’affaire avec ce dernier alors responsable du bureau de Washington pour la chaîne Tokyo Broadcasting System (TBS) pour un stage de journalisme, qu’elle aurait été droguée à son insu. Elle explique être allée au toilettes car elle avait la tête qui tournait et y aurait perdu connaissance, avant de se réveiller dans une chambre d’hôtel, la tête encore dans le flou mais prenant consciente d’être violée par l’homme en question. Shiori ITO explique alors s’être enfuie et s’être rendue à la police pour porter plainte. Sauf que la police lui suggère plutôt de porter plainte pour « quasi-viol » voire de laisser tomber car cela serait handicapant pour sa carrière de journaliste (selon une étude de la NHK en 2017, et relayée par la journaliste, 27% des sondés japonais pensent que boire un verre en privé avec un collègue du sexe opposé équivaut à un consentement sexuel.) ! Pire encore, alors que la police a mandat d’arrêter Noriyuki YAMAGUCHI en juin 2015, qui clame son innocence depuis le début, annule la procédure au dernier moment suite à un coup de fil du chef de la brigade criminelle, proche du Premier ministre. Outre cette intervention, Noriyuki YAMAGUCHI est lui aussi un proche de Shinzô ABE, étant un des biographes officiels. Depuis, la jeune femme de 28 ans a dévoilé toute son identité en publiant un livre en octobre dernier dans lequel elle raconte tout son combat pour se faire entendre, « Black Box », non édité en France, et lorsque la presse japonaise évoque le #MeToo au Japon, c’est ainsi souvent son portrait qui illustre ces articles, devant ainsi un symbole de la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles.

 

C’est donc malgré elle que Shiori ITO est devenue la représentante japonaise du mouvement #MeToo. Comme elle l’avait déclaré précédemment : « je suis journaliste : mon cas personnel n’est rien, mais il peut changer la société. ». Aujourd’hui, plusieurs mois après le lancement du  #MeToo, le mouvement semble prendre davantage d’ampleur, et le long combat de Shiori ITO semble être un exemple pour ces femmes, puisque si Hachu a ainsi pris la parole le 17 décembre dernier, la bloggeuse explique sur Twitter que c’est parce qu’elle a été inspirée par le courage de la journaliste ! Cette dernière a publié un long article (en anglais) sur Politico, expliquant son combat, les messages de haine qu’elle a pu recevoir dès lors qu’elle a rendu l’affaire publique et précisant qu’ « au Japon, il est impensable pour une femme de [déclarer publiquement avoir été violée et de dénoncer son agresseur], mais je ne me suis pas sentie courageuse – seulement que je n’avais pas d’autres choix. ». Elle y explique également qu’au Japon, « le terme de  « viol » est tabou » et qu’en plus « les médias japonais sont généralement silencieux concernant les crimes sexuels. ». Selon une étude réalisée par le Cabinet en 2014, seules 4,3% des femmes se considérant comme victimes d’une agression sexuelle ont dénoncé l’agression auprès des autorités.

 

Sources : Politico, The Japan Times, Asahi Shimbun, Mainichi Shimbun.

Photo : couverture de « Black Box » de Shiori Ito, via New York Times.

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