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Le Japon récupère un tableau de MONET perdu depuis des décennies ou l’étonnante histoire de la collection MATSUKATA

Le Japon récupère un tableau de MONET perdu depuis des décennies ou l’étonnante histoire de la collection MATSUKATA

Yuuki K 16:22 - 15 mars 2018

Le musée du Louvre a retrouvé en 2016 une étude de la série des Nymphéas, œuvre perdue depuis au moins la Seconde guerre mondiale. Le tableau vient d’être restitué au Musée National d’Art Occidental de Tôkyô, mais il a été très abîmé. L’occasion d’évoquer la collection Matsukata et ses enjeux géopolitiques.

Le peintre impressionniste Claude MONET avait une passion pour le Japon bien qu’il ne s’y soit jamais rendu. Lui-même s’était constitué une importante collection d’estampes, aujourd’hui exposée dans sa maison de Giverny. Le peintre y avait par ailleurs installé dans son jardin un bassin de nénuphars ainsi qu’un pont japonais. Acteur majeur du japonisme dans l’art européen, Claude MONET avait également intéressé le Japon. En 1916, il réalise l’étude pour « Nymphéas, reflets de Saule ». La même année, Kôjirô MATSUKATA entame sa collection d’œuvres d’art occidental en Europe, profitant de voyages d’affaires effectués durant la Première guerre mondiale. Kôjirô MATSUKATA est un des fils d’un politicien qui a été deux fois Premier ministre, et lui-même a fait fortune dans les affaires en prenant la tête de l’entreprise de construction navale Kawasaki à la fin du XIXème siècle. Au début du XXème siècle, l’homme d’affaire ambitionne d’ouvrir un musée d’art occidental à Tôkyô pour faire découvrir aux Japonais l'Art européen et en 1921, il rencontre Claude MONET en France pour lui acheter des tableaux dont l’étude sur la série des Nymphéas. Il acquiert en tout, entre 1916 et 1927, une collection importante de plus de 400 œuvres parmi lesquelles des tableaux de Claude MONET, de Pablo PICASSO ou encore Vincent VAN GOGH mais aussi des sculptures d’Auguste RODIN par exemple. Sauf qu’à l’approche de la Seconde guerre mondiale, cette collection devient un enjeu  géopolitique ! Peu avant, dans un contexte économique difficile, l’homme d’affaire japonais est ruiné et se voit obligé de laisser, temporairement, une grande partie de sa collection d’art en Europe, la confiant à un homme de confiance. La collection est ainsi répartie entre Londres et Paris, malheureusement l’intégralité de sa collection située à Londres disparaît sous les flammes en 1939. Quant à la collection restée à Paris, les choses se gâtent à la Libération, lorsque la France considère le Japon comme un pays ennemi ayant perdu la guerre, et en conséquence la collection Matsukata est confisquée. Pire encore pour le collectionneur japonais bloqué au Japon, la France met aux enchères des dizaines d’œuvres de sa collection. Avant 1959, année de la restitution de ce qu’il reste de la collection, celle-ci devient un objet de négociations diplomatiques voire même le seul désaccord entre les deux pays. Des diplomates français approuvent l’idée que la collection parte au Japon afin d’y favoriser l’influence culturelle française. D’autres estiment qu’en raison du Traité de San Francisco (1951), la France a le droit de liquider la collection confisquée ou de la conserver comme son patrimoine, ce qu’elle envisage. Mais grâce à l’influence de la famille MATSUKATA et ses relations au sein de la classe politique, Kôjirô MATSUKATA étant décédé en 1950, des négociations diplomatiques auront lieu en 1951 entre le ministre des Affaires étrangères français de l’époque, Robert SCHUMAN et le Premier ministre japonais Shigeru YOSHIDA, ami du collectionneur. Après avoir été convaincu, le premier promet à son interlocuteur la restitution, dans le but de faire rayonner la culture française au Japon, à la condition qu’elles soient exposées dans un musée dédié. Si seulement les choses étaient si simples ! Car entre temps, le Traité de San Francisco est entré en vigueur, et désormais le gouvernement français est la seule autorité compétente pour décider du sort de la collection Matsukata, or le gouvernement est divisé sur cette question. Dans l’intérêt du rayonnement culturel français,  la direction des musées de France approuve l’idée d’un musée dédié au Japon mais souhaite garder 18 œuvres majeures de la collection. La France insiste sur le fait que cette offre est généreuse car la collection aurait pu rester dans le pays comme une indemnisation de guerre. En 1954, l’emplacement du musée est décidé et en mars 1959, l’architecte français Le CORBUSIER termine la construction du Musée National d’Art Occidental. Pendant la construction, la collection Matsukata a failli ne pas être rendue en raison d’un climat politique tendu en France, mais est finalement restituée au Japon, et non à la famille du collectionneur. Kôjirô MATSUKATA n’aura jamais pu revoir sa collection ni même voir le musée qu’il avait pensé. Pourtant, l’opération a été un succès pour la France puisque 580 000 personnes viennent au musée la première année, et c’est donc un succès posthume pour Kôjirô MATSUKATA car il aura permis au Japon de mieux connaître l’Occident grâce à sa collection, comme il le souhaitait de son vivant.

 

Si cette collection fait aujourd’hui parler d’elle c’est parce qu’une des œuvres appartenant à Kôjirô MATSUKATA, et donc aujourd’hui au Japon, a été retrouvée au musée du Louvre et restituée fin février au Japon ! En effet, toutes les œuvres n’avaient pas été restituées en 1959, seulement une grande partie. Il s’agit de l’étude sur « Nymphéas, reflets de Saule », retrouvée en 2016  mais qui n’a été officialisée que ces derniers jours lorsque l’œuvre a été restituée au Musée National de l’Art Occidental de Tôkyô ! Et s’il s’est écoulé plus d’un an entre la découverte du tableau et sa restitution, c’est parce qu’il a fallu rechercher et s’assurer de la provenance et l’appartenance de l’œuvre. Malheureusement oubliée et perdue durant des décennies, l’œuvre souffre d’importants dégâts sur plus de la moitié car mal conservée. Selon le Musée National d’Art Occidental de Tôkyô, le tableau nécessitera d’importantes et minutieuses rénovations mais l’institution espère que le public pourra contempler « Nymphéas, reflets de Saule » à compter de juin 2019. Une bien triste mésaventure pour l’œuvre, mais on ne peut s’empêcher de constater que cette restitution intervient à un moment particulier pour les relations franco-japonaises, puisque seront célébrés cette année les 160 ans de relations diplomatiques entre ces deux pays dont le thème des évènements seront centrés sur la culture pour rappeler le premier japonisme !

 

En France, si le public a la possibilité de voir les tableaux de Claude MONET au sein de différents musées, il est à noter la tenue de l’exposition « Japonismes/Impressionnismes » au musée des impressionnismes de Giverny, qui mettra en évidence « la fascination exercée par l'art japonais sur les peintres impressionnistes et postimpressionnistes. » à travers 120 tableaux et estampes, à partir du 30 mars au 15 juillet 2018 (plus de détails à venir dans votre agenda).

 

Sources : The Japan Times, article de T. Hagiwara « La collection Matsukata au Japon » in Vie des arts n°20 (1960), article de Y. Miyashita  « La présence culturelle de la France au Japon et la collection Matsukata » in Relations internationales n° 134 (2008), site officiel Fondation Monet, site officiel musée de l’Art Occidental de Tôkyô.

Photo : Vue sur l’étude de Claude Monet retrouvée au musée du Louvre et restituée au Japon en 2018 via The Japan Times ©AFP-JIJI

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