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#MeToo devient #WeToo au Japon

#MeToo devient #WeToo au Japon

Yuuki K 15:47 - 23 mai 2018

Avant l’apparition du #MeToo, au Japon, la journaliste Shiori ITO brisait le silence. Elle était une des rares Japonaises à le faire. Depuis le #MeToo est apparu mais ne parvenait pas à fédérer les Japonaises. Plus inclusif, le #WeToo est lancé en février.

Le Japon est un des pays développés  où le mouvement  #MeToo semblait ne pas prendre son envol. Le harcèlement et les agressions sexuelles n’existeraient donc pas là-bas ? Hélas, si seulement ! Comme le révélait Shiori ITO, journaliste qui a brisé le silence en dénonçant son agresseur « au Japon, il est impensable pour une femme de [déclarer publiquement avoir été violée et de dénoncer son agresseur] » et donc la presse ne relaie pas ce genre d’affaires car le viol est un sujet tabou. Parce qu’elle a osé dénoncer publiquement son agresseur, malgré cette omerta, et à la faveur de l’apparition et du retentissement international du #MeToo, certaines Japonaises ont été encouragées parlant de leurs propres expériences sur les réseaux sociaux. Insuffisant, car pour beaucoup de ces femmes courageuses ce n’était pas du soutien qu’elles recevaient mais bien souvent des insultes voire des blâmes ! Mais il faut croire qu’il faut parfois laisser le temps faire son œuvre. Un an après la déclaration de Shiori ITO puis le #MeToo, d’autres affaires de crime sexuel, surtout une, ont fait la une de la presse japonaise puisque cette fois cela a touché la sphère politique ! Shiori ITO serait loin d’être la seule journaliste victime de harcèlement ou d’agression sexuelle. Mi-avril, la presse révélait deux scandales touchant la sphère politique. L’un concerne le gouverneur du département de Niigata, contraint à la démission après la révélation de rapports sexuels tarifés avec des étudiantes. L’autre affaire concerne Junichi FUKUDA, vice-ministres des Finances, accusé de harcèlements sexuels à l’égard de journalistes grâce au témoignage de l’une d’entre elles préférant rester dans l’anonymat. Fait rare, peut-être en raison des scandales politiques qui l’ont précédé et du retentissement mondial du #MeToo, l’affaire a été largement relayée par la presse. Conséquences : bien qu’il nie les faits (il reconnaît finalement avoir harcelé des journalistes par la suite), Junichi FUKUDA doit remettre sa démission quelques jours après. Exemple traduisant la difficulté des femmes à dénoncer ces actes dans une société très patriarcale, le Premier ministre a réagi  à cette dernière affaire en exprimant que les circonstances de la démission de son vice-ministre des Finances était « regrettables » tandis que le ministre des Finances, Taro ASO,  n’a cessé de défendre Junichi FUKUDA estimant qu’il avait été piégé et que c’était lui la victime avant de se rétracter et de s’excuser publiquement mi-mai.

 

Si l’affaire a pris cette ampleur inédite c’est que la journaliste qui a témoigné était une ancienne employée de TV Asahi. Elle aurait fini par révéler un indice sur sa personne par peur que son anonymat total décrédibilise le message. Elle précise au passage que si elle n’avait jamais dénoncé Junichi FUKUDA auparavant, ni même discuté de cela avec son employeur c’est par peur des conséquences sur sa carrière. Une phrase qui résume assez bien pourquoi le #MeToo n’a pas ce même impact au Japon. Ou pas encore. Car n’allez pas croire que le harcèlement et les agressions sexuelles ne concernent que les journalistes. En revanche c’est grâce à des femmes journalistes osant raconter les violences sexuelles subies que d’autres femmes auront le courage de s’exprimer.  Enfin, Shiori ITO pourrait atteindre son objectif, celui de « [pouvoir] changer la société ». Parce qu’elle a persévéré dans son combat malgré les obstacles et parce que la journaliste anonyme de TV Asahi a dénoncé ce qu’elle vivait, cela a poussé la presse japonaise à enquêter sur le sujet. Déjà en janvier l’Asahi Shimbun réalisait un sondage auprès des journalistes hommes et femmes selon lequel 119 déclaraient avoir été harcelés sexuellement dans leur travail. Parmi eux, 70% ont indiqué n’avoir consulté personne pour en parler.  C’est peut-être grâce à ce frémissement que KaoRi, ancienne muse du célèbre et sulfureux photographe Nobuyoshi ARAKI a dénoncé les mauvaises conditions dans lesquelles elle a travaillé tout au long de ses 15 années de collaboration. Si ce cas ne ressort pas directement du #MeToo dans le sens où l’ancienne muse n’accuse pas le photographe d’agression sexuelle, le mouvement lui aura permis d’oser parler des mauvaises conditions de travail en tant que femme. Ce récit est donc lié d’une certaine façon puisque KaoRi a brisé le silence là aussi et s’inscrirait dans les revendications des femmes. Car effet d’un ras-le-bol, Monica FUKUHARA, victime par le passé, s’est associée à Shiori ITO et d’autres personnalités pour lancer en février #WeToo Japan*, plus solidaire et moins excluant, pour adapter le mouvement à la mentalité de la société japonaise. Désormais, les Japonaises peuvent témoigner ou apporter leur soutien sur les réseaux sociaux (@wetoojp sur Facebook, @WeToo_Japan sur Twitter). Et le mouvement pourrait cette fois prendre l’ampleur espérée car au mois d’avril, peu après la divulgation de l’affaire FUKUDA, une manifestation a rassemblé plus de 2 000 personnes à Tôkyô selon The Japan Times pour protester contre les violences sexuelles. D’autant plus que #WeToo n’exclut aucune forme de harcèlement ne se limitant pas aux harcèlements et agressions sexuelles et c’est donc en ce sens que le témoignage de l’ancienne muse d’ARAKI peut trouver sa place dans le mouvement. Dans le manifeste du #WeToo Japan mis en ligne début mars, il est en effet écrit : « Comment peut-on changer les choses afin que nous, nos enfants et les générations futures n’aient jamais à souffrir des mêmes expériences ? Nous ne pouvons changer notre passé mais nous pouvons changer notre futur. Par ce présent manifeste, nous lançons #WeToo Japan comme une plateforme de discussion où nous pouvons construire un avenir où toutes formes de violence et de harcèlement ne sont pas tolérés, incluant le harcèlement sexuel, l’abus de pouvoir, le harcèlement contre les minorités sexuelles et le harcèlement basé sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. ».

 

Il y a plusieurs jours, ce sont 86 femmes journalistes qui se sont liguées autour de Women in Media Network Japan pour lutter et mettre fin contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans le secteur médiatique. Mi-mai, les femmes ont un soutien haut placé : un membre du gouvernement semble avoir pris conscience du problème et montre des signes de soutien. Seiko NODA, ministre des Affaires internes et des Communications, en charge notamment de l’égalité hommes-femmes, et une des deux femmes ministres du gouvernement de Shinzô ABE (et considérée comme son successeur potentiel), a exprimé la nécessité d’une loi protégeant et soutenant les victimes de harcèlements sexuels. Si les agressions sexuelles sont considérées comme des crimes, ce n’est pas le cas du harcèlement. La ministre refuse pourtant dans l’immédiat d’envisager une loi pour considérer le harcèlement sexuel comme un crime. La ministre se remémore cependant avoir elle-même été victime de harcèlement sexuel durant ses jeunes années en politique, et disait récemment au Japan Times : « La réalité est que les victimes de harcèlement sexuel ne peuvent en parler même à leur famille », renforçant l'idée d'un profond tabou. Mais Seiko NODA estime qu’il faut avancer pas à pas afin qu’il y ait un profond changement, reconnaissant dans Japan Today que « c’est un problème qu’[elle] doit résoudre. Ce n’est pas quelque chose que ceux qui n’ont pas été victimes peuvent élucider. ».

 

*NDLA : Le #WeToo Japan n’a rien à voir avec le We Too lancé en France en janvier 2018 en soutien au #MeToo par Raphaël GLUCKSMANN et Michel HAZANAVICIUS.

Sources : the Japan Times, Japan Today, Daily Beast, @wetoojp .

Photo : Manifestation contre le harcèlement sexuel à Tôkyô, fin avril. via The Japan Times ©BLOOMBERG

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