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Le scandale Yoshimoto Kogyo révèle une face sombre de l’industrie du divertissement

Le scandale Yoshimoto Kogyo révèle une face sombre de l’industrie du divertissement

Yuuki K 17:07 - 20 août 2019

Après la révélation du scandale qui a touché l’agence Yoshimoto Kogyo, les langues se délient-elles ? La presse japonaise a dénoncé les conditions de travail des tarento et les liens persistant entre showbiz et yakuzas.

Fin juin, un scandale éclatait au sein de l’agence Yoshimoto Kogyo. Onze tarento auraient accepté une rémunération non déclarée, sans l’accord de leur agence, de la part de d'une organisation criminelle.  En conséquence, les tarento ont été suspendus. Depuis lors, les révélations pleuvent sur cette agence. Les relations obscures entre tarento et yakuza ne concernent pas que ces 11 comédiens. La presse révélait quelques jours plus tard que le duo comique originaire d’Okinawa, Slim Club, appartenant également à cette même agence, avait aussi accepté une rémunération de la part de yakuza pour apparaître à un évènement à la demande d'un artiste venant d'une autre agence. Or, depuis 1992 et la loi anti-gang (« Boryokudan Ho »), il est strictement interdit de faire affaire avec des groupes « antisociaux » (soit dans la plupart des cas, les yakuza). Comme le rappelle Le Monde, cette agence, qui représente environ 6 000 artistes dont la populaire Naomi WATANABE, avait eu par le passé le clan Yamaguchi-gumi comme actionnaire. Pourtant, il a fallu attendre 2009 pour que l’agence déclare ne plus vouloir de liens avec la mafia comme l’indique le Mainichi Shimbun dans son éditorial. Mais est-ce vraiment le cas au regard de ces récents scandales ? Le journaliste Jake ADELSTEIN, auteur de nombreuses enquêtes au coeur de la mafia japonaise, affirme dans le Daily Beast que « les Yakuzas règnent sur le Hollywood japonais ». Si rien ne permet de prouver que cette agence, tout comme ses concurrentes, conservent toujours des relations avec les yakuza, il n’empêche que ces scandales et les méthodes de ses dirigeants posent question. Car si les premiers faits mentionnés se sont déroulés il y a 5 ans, on apprend que les tarento concernés avaient avoué leur faute auprès de  leur agence en juin mais qu’ils avaient été contraints de se taire. Or le 20 juillet, Hiroyuki MIYASAKO apparaît en conférence de presse, accompagné de Ryô TAMURA, pour s’excuser publiquement. Il justifie ces excuses tardives en raison de pressions de leur agence, qui les menaçaient de rompre les contrats de tous les tarento impliqués dans le scandale. La réponse de l’agence ne s’est pas fait attendre et  deux jours plus tard Akihiko OKAMOTO, président de Yoshimoto Kyogo, s’excuse publiquement lors d’une autre conférence de presse et déclare l’annulation de la sanction des tarento. Trop tard pour la presse japonaise au point de considérer que ces excuses étaient une « mauvaise blague ». Surtout que ces conférences de presse ont révélé que le système courant dans ce secteur du divertissement est l’absence de contrat écrit entre un tarento et son agence, les accords étant verbaux. Le même jour que celui des excuses de l’agence, Atsuhiro NISHIDA du duo Kinboshi tweet une photo dans laquelle il est montré qu’il a perçu une rémunération de seulement 1 yen pour toute une performance !  C’est ainsi que le 30 juillet, l’Asahi Shimbun publie un article à charge sur les conditions de travail des tarento, ne bénéficiant pas de la protection du Code du travail japonais. Un jeune comédien anonyme affilié à Yoshimoto Kogyo y déclare n’avoir été  rémunéré que 300 yens de l’heure pour un travail qui nécessitait 12h de travail par jour. Mais le scandale ne touche pas que cette agence. Peu après ces révélations, l’autorité de la concurrence au Japon avertissait Johnny & Associates d’une enquête portant sur la violation des règles de concurrence. Plus concrètement, l’agence est accusée d’avoir fait pression sur les chaînes de télévision pour empêcher les anciens SMAP d’apparaître à la télévision. Rappelons comment l’histoire du groupe s’est achevée sur fond de quiproquos et d’excuses publiques. Trois membres sur cinq avaient fini par quitter l’agence et reformer un nouveau groupe, Atarashii Chizu. Pressions ou non, l’un d’eux, Shingo KATORI avait néanmoins été nommé un ambassadeur de la manifestation culturelle Japonismes 2018. Bien qu’il s’agisse d’un avertissement, la NHK a consacré en juillet un reportage sur ce sujet à travers l’interview d’un ancien employé anonyme qui y confirmait les pressions exercées par l’agence des Johnny’s. Signe peut-être qu’après le décès de Johnny KITAGAWA, fondateur de l’agence et une des figures les plus importantes de ce secteur, la presse n’a plus peur de se confronter à cette industrie.

 

Mais si elle est aujourd’hui plus virulente à l’égard de ces agences de tarento, c’est certainement parce que Yoshimoto Kyogo a des liens importants avec le gouvernement et d’importantes chaînes de télévision. Outre la participation à la promotion aux Objectifs de Développement Durable, elle a obtenu un financement de 10 milliards de yens de la part du gouvernement japonais en avril dernier pour créer, conjointement avec le groupe NTT, une plateforme éducative Cool Japan. Le Premier ministre était même présent lors d’un de leurs spectacles à Ôsaka à la même période ! D’un autre côté, Yoshimito Kogyo a pour actionnaires pas moins de 13 entreprises dont Dentsu, Nippon Television et Fuji Media. Pour toutes ces raisons, la presse japonaise semble ne plus hésiter à souligner leur obligation d’exemplarité. L’industrie du divertissement améliorera-t-elle les conditions de travail des tarento comme le préconise de nombreux grands quotidiens japonais ? Et surtout, coupera-t-elle une bonne fois pour toute les liens avec les yakuza suite à ces révélations gênantes ou ces derniers agiront-ils encore plus dans l’ombre ?

 

 

Sources : Mainichi Shimbun, Asahi Shimbun, The Japan Times, Daily Beast, Le Monde.

Photo : Shinjuku la nuit ©TokyoatParis

 

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