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L’élection d’un TRANSGENRE au Japon fera-t-elle avancer la cause LGBTI ?

L’élection d’un TRANSGENRE au Japon fera-t-elle avancer la cause LGBTI ?

Yuuki K 15:26 - 22 mars 2017

C’était dans les news de La Matinale du jour ! Tomoya HOSODA vient d’être élu conseiller municipal au Japon. Si son élection intéresse grandement les médias du monde, c’est parce que ce jeune diplômé en médecine est un des rares transgenres du monde à être élu au suffrage universel direct !

C’est un nouveau pas en avant pour la reconnaissance  des droits LGBTI (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre & Intersexe) qui a été fait au Japon, et plus précisément dans la ville d’Iruma, département de Saitama. Les habitants de la ville devaient en effet élire leurs 22 conseillers municipaux à la mi-mars, et parmi les 22 élus se trouve Tomoya HOSODA. Né femme, le jeune conseiller municipal de 25 ans devient homme durant ses études de médecine. Depuis diplômé, il  s’est fait remarquer pour avoir fait son coming out en 2015. Il dévoilait alors être transgenre, il a par ailleurs participé au projet Out in Japan* la même année, et se battait pour la visibilité et la reconnaissance des droits LGBTI, bien qu’aujourd’hui, il faut le préciser, il se bat tout autant pour les droits de toutes les minorités afin qu’il y ait une reconnaissance de la diversité. Il devient ainsi le premier homme transgenre à être élu au suffrage universel direct  au Japon, mais il n’est pas toutefois le premier transgenre de la planète -ils sont cependant rares, ni même du Japon, à être élu ! En effet, il y a eu un précédent à Tôkyô même, avec l’élection de la première femme transgenre en tant que conseiller municipal. En 2003, l’auteure Aya KAMIKAWA, née homme, était la première femme transgenre à se présenter et à être élue conseillère municipale pour l’arrondissement de Setagaya dans la capitale. Elle a même été réélue en 2007 ! Aya KAMIKAWA était alors, jusqu’à l’élection de Tomoya HOSODA, la seule personnalité politique à être ouvertement transgenre. Pourtant, bien que les élections de deux politiques soit une bonne chose pour la communauté LGBTI japonaise, est-ce à dire que le pays est plus tolérant à leur égard ?

 

Bien que ces élections constituent une avancée sociétale, ce sont les habitants de Setagaya pour Aya KAMIKAWA et les habitants d’Iruma pour Tomoya HOSODA qui ont voté pour eux en toute connaissance de cause et pour leurs propositions, les droits de la communauté LGBTI ne sont toujours pas égaux à ceux de tout citoyen. Un rapport émanant de l’ONG australienne Kaleidoscope Australia Human Rights Foundation (KAHRF), qui défend les droits LGBTI en Asie Pacifique, évoque bien des progrès. Mais rappelons également que ce n’est qu’en 2003, l’année de l’élection d’Aya KAMIKAWA, qu’une loi avait été votée au Japon (appliquée à partir de 2004) autorisant les individus à changer de sexe. Une loi controversée appelée loi sur des cas particuliers dans le traitement de genre pour les personnes  avec trouble de l'identité sexuelle, ou en version originale « seidoitsu seishougaisha no seibetu no toriatsukai no tokurei ni kansuru houritsu » pour avoir mis comme condition que toute personne voulant changer de sexe ne soit ni marié ni n’ait d’enfant, et que cette personne ne puisse plus en avoir. Si cette loi autorise donc les japonais à changer de sexe, les droits des transgenres ne sont toujours pas reconnus. Comme le rappelle un autre rapport sur les droits LGBTI en 2008, la constitution du Japon indique bien dans son article 14 que « Tous les citoyens sont égaux devant la loi ( …) sans aucune discrimination dans les relations politiques, économiques ou sociales fondée sur la race, la croyance, le sexe, la condition sociale ou l'origine familiale. ». Et pourtant aucune loi ne permet à quiconque se revendiquant homosexuel ou transgenre ou sans genre ou bisexuel d’obtenir réparation pour des préjudices subis. Quelques années plus tard, la situation ne semble pas avoir beaucoup évolué puisque le rapport de 2015 de KAHRF dénonce par exemple l’échec de l’organe politique à légiférer contre la discrimination envers les minorités sexuelles ou encore à reconnaitre les couples de même sexe. En mai 2016, une autre ONG critique l’inaction du gouvernement. Il s’agit de Human Rights Watch qui dénonçait les discriminations à l’encontre des enfants homosexuels et transgenres au sein de  l’école, et ce en dépit des efforts politiques pour en améliorer le cadre puisque le ministère de l’Education a publié une déclaration fin avril 2015 exhortant le corps enseignant à considérer les besoins des enfants transgenres et à favoriser l’intégration de tous  les enfants s’identifiant gay, lesbien ou bisexuel.

 

Si le chemin semble encore long pour une réelle reconnaissance des droits LGBTI dans ce pays, l’élection de Tomoya HOSODA et la médiatisation de ce dernier contribuera-t-il à de nouvelles avancées ? Un sondage réalisé par l’agence Dentsu en 2015 sur 70 000 personnes âgées entre 20 et 59 ans révélait que 7,6% d’entre eux s’identifiaient comme étant LGBTI, soit une part non négligeable de la population totale. Un pourcentage qui pourrait être plus élevé puisqu’en raison de la discrimination, peu de personnes osent faire leur coming out. Peu après son élection, Tomoya HOSODA déclarait souhaiter que son élection donne du courage à tous ceux qui ne parviennent pas à le faire.

 

* Out in Japan est un projet démarré en 2013 qui vise à mettre sous le feu des projecteurs les minorités sexuelles et de genre à travers un objectif de 10 000 portraits dans les 5 ans qui suivent le début du projet. En collaboration avec les autorités locales, et d’autres organisations privées, Out in Japan s’expose dans le pays afin de familiariser les Japonais avec la communauté LGBT.

 

 

Sources : Libération, DozoDomo, The Independant, Out in Japan.

Etudes mentionnées : « The Rights of Lesbian, Bisexual, Transgender and Intersex (LBTI) Women in Japan, Shadow Report for the 63rd Session of the Committee on the Elimination of Discrimination against Women », June 2015, Compiled by the Kaleidoscope Australia Human Rights Foundation, with the assistance of DLA Piper, « The Violations of the Rights of Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Persons in JAPAN A Shadow Report », October 2008, Submitted to the Human Rights Committee by: GayJapanNews, Global Rights , International Gay and Lesbian , Human Rights Commission (IGLHRC), International Human Rights Clinic, Human Rights Program, Harvard Law School.

Photo : Portrait de Tomoya HOSODA pour Out in Japan, novembre 2015 ©2015 OUT IN JAPAN/Leslie Klee

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