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122 baleines enceintes massacrées au nom de « la recherche scientifique »

122 baleines enceintes massacrées au nom de « la recherche scientifique »

Yuuki K 16:46 - 12 juin 2018

En 1982, la Commission Baleinière Internationale a décrété l’interdiction de toute chasse à la baleine pour des raisons commerciales, applicable dès 1986. Le Japon demeure un des rares pays à la pratiquer, avec la Norvège et l’Islande, sous couvert de recherches scientifiques.

Au cours d’une campagne de chasse à la baleine qui aura duré 4 mois dans l’Antarctique, 333 baleines ont été tuées par des pêcheurs japonais. Parmi ces baleines de minke, 122 portaient la vie en elles et des dizaines étaient encore jeunes selon un rapport de la Commission Baleinière Internationale (CBI). Pourtant, la chasse à la baleine est interdite au motif commercial. Alors, pourquoi le Japon poursuit-elle la chasse à la baleine ? Est-ce véritablement ancré culturellement ?

 

Si le Japon justifie chaque chasse à la baleine par la recherche scientifique, seul motif valable aux yeux de la CBI et faille exploitée par les pays continuant à pratiquer la chasse à la baleine, cette tuerie de masse de baleines en gestation a soulevé l’indignation internationale au regard de la médiatisation de cette action depuis fin mars. Une faille présente dans la Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine, datant de 1946 et dont la CBI est l’organisme de règlementation,  qui sert de prétexte au Japon puisque ce permis de chasser exige que la viande de baleine issue de la chasse règlementée se retrouve soit vendue, soit distribuée gratuitement. Ce n’est pas la première fois que des réactions négatives s’opposent vivement à la chasse baleinière mais la médiatisation de ce massacre, puisque nous ne trouvons pas d’autres mots, de 122 baleines enceintes soulève de nombreuses questions. En quoi, tuer des baleines en gestation et des jeunes baleines n’ayant pas atteint la taille  adulte  était-elle nécessaire ? Dans un pays qui célèbre la nature et a un profond respect du cycle harmonieux de la vie, cette action n’est-elle pas totalement contradictoire ? Comment le Japon peut-il persister à justifier cet acte par la recherche scientifique supposée servir l’étude des habitudes et de l’évolution des cétacés ?

 

Le problème réside dans le fait que la consommation de baleine est ancrée culturellement, non seulement pour des raisons alimentaires mais aussi pour l’exploitation de son huile ou encore ses os, la chasse ayant débuté aux environs du XIIème siècle. Puis, la Seconde guerre mondiale ayant appauvri considérablement le pays, la chasse s’est intensifiée afin de nourrir la population et en 1947, 45% de la viande consommée aurait été de la baleine. Si par la suite ce chiffre diminue, une partie, de plus en plus minoritaire,  des Japonais continuerait à vouloir consommer de la chair de baleine, incitant alors les pêcheurs à continuer à les chasser, surtout que le programme de recherche baleinière est financé chaque année par l’état. Les subventions s’élevaient à hauteur de 728 millions de yens annuel (environ 5,6 millions d’euros) pour l’année 2013. La consommation de baleine serait tant inscrite dans la culture japonaise que le ministre de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche de l’époque Yoshimasa HAYASHI avait déclaré en 2014 que l’interdire porterait atteinte à la culture japonaise. Le Premier ministre Shinzô ABE défend lui aussi régulièrement la chasse à la baleine. Ainsi, en janvier 2018 il se prononçait à la Diète en faveur de la poursuite de la chasse à des fins scientifiques, une opportunité selon lui pour obtenir des informations sur ces cétacés et de définir un quota qui permettrait de reprendre la chasse à la baleine à des fins commerciales, « de manière respectueuse de l’environnement ». Etrange alors qu’en 2006 par exemple, Greenpeace avait fait réaliser une enquête par Nippon Research Center auprès de 1 047 Japonais âgés de 15 à 59 ans et ce sondage révélait que les Japonais ne mangeaient quasiment plus de baleine, selon les générations. En effet, il y a plus de 10 ans, parmi les 40% des sondés de plus de 40 ans étant en faveur de la reprise de la chasse à la baleine considéraient que la consommation de baleine faisait partie de la culture japonaise, tandis que la réponse était l’opposée pour les plus jeunes générations. Parmi tous les sondés, l’étude souligne également que 95% d’entre eux déclaraient en 2006 manger de la baleine très rarement, voire n’en ont jamais mangé. Quelques années plus tard, en 2014, une autre étude est réalisée par l’Asahi Shimbun. Cette dernière indiquait que sur 1 756 sondés, 60% restait en faveur du programme de « recherche » sur les baleines contre 23% d’opposants et que seuls 14% des sondés mangeaient de la baleine. Il demeure que les consommateurs de viande de baleine sont minoritaires au vu de ce sondage mais aussi puisqu’il y a un stock important de viande de baleine congelée invendue qui ne fait que s’accumuler et qui s’élève à 4 600 tonnes en 2012 contre 2 500 tonnes en 2002. Rien que pour l’année 2012, sur les 1 200 tonnes environ de viande de baleine proposées à la vente, 75% n’ont pas trouvé preneurs, alimentant le stock de viande congelée.

 

Malgré ces faits et l’indignation internationale, cela n’empêche pas le Japon de poursuivre la chasse « scientifique » à la baleine. En 2014, la Cour Internationale de Justice, estimant la chasse à la baleine à des fins scientifiques inutile, avait temporairement sommé le Japon de cesser toute pêche dans l’Antarctique mais le refus du pays d’y mettre fin, l’absence de moyens et l’absence de coordination des lois des différents pays permettent de contourner la Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine et empêchent toute action concrète. Toutefois, le quota de baleines de minke tuées par le Japon est passé de 900 à 333 après le jugement de la Cour Internationale de Justice.

 

Sources : The Japan Times, International Whaling Commission, Le Parisien, L’Obs, AFP, Institut japonais de recherche sur les cétacés.

Photo : Une baleine chassée via galerie photo de International Whaling Commission

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